Vinci fait visiter le chantier du GCO à des collégiens Strasbourgeois – réaction du collectif

Dans le cadre du développement de la découverte du monde professionnel, cinq collèges REP et REP+ ont donné leur accord pour expérimenter le dispositif Vinci en Alsace du 2 au 6 mars 2020 : les collèges Lamartine à Bischheim, Stockfeld à Strasbourg, Twinger à Strasbourg, Érasme à Strasbourg et André Maurois à Bischwiller.
200 à 250 collégiens y participeront. Un bus est mis à disposition pendant toute la semaine pour déplacer les élèves sur différents lieux de visite ou d’activités. Tous les participants seront restaurés gratuitement chaque midi.

DNA du 17 décembre 2019

Ayant appris que les élèves d’un collège Strasbourgeois allait visiter le chantier du GCO cette semaine, le collectif GCO NON MERCI a interpellé la rectrice d’Académie de Strasbourg pour l’interroger sur le sens du message délivré aux élèves en les mettant ainsi à disposition d’une multinationale comme Vinci, surtout de la part d’établissements publics.

Voici le courrier adressé à la rectrice :

Madame la Rectrice de l’académie de Strasbourg,

Notre collectif a appris que 5 collèges bas-rhinois avaient donné leur accord pour expérimenter le dispositif  Vinci en Alsace dans la semaine du 2 au 6 mars 2020. D’après nos informations, ce dispositif est présenté sous la forme d’une visite par les élèves de sites construits ou gérés par Vinci, afin de leur faire découvrir les secteurs d’activités et les métiers de Vinci.

La mise en contact des lycéens avec le monde du travail est un enjeu important que  nous ne songeons nullement à mettre en cause.  Nous nous interrogeons en revanche sur le sens du message délivré aux élèves en les mettant ainsi à disposition d’une multinationale comme Vinci, surtout de la part d’établissements publics. Ceci pour au moins deux raisons. Premièrement, même si les grands groupes concentrent beaucoup d’activités, ils ne représentent de loin pas les seules formes de production de biens et de services susceptibles d’intéresser les élèves. Bien plus, les stratégies propres de ces groupes ne sont pas nécessairement en adéquation avec les besoins des territoires : les multiples exemples de délocalisation ou de prises de bénéfice au détriment des populations locales ne manquent pas. Le modèle néo-libéral porté par ces groupes est tout sauf neutre socialement et écologiquement, et nous aurions du mal à comprendre que le service public d’enseignement puisse ainsi exposer, sans filtre, les élèves à une forme de propagande ou de greenwashing. Si on comprend bien l’intérêt de Vinci de pénétrer le « marché » de l’éducation, nous comprenons beaucoup moins celui de soumettre des élèves et leur éducation citoyenne à ces pratiques.  L’intégration dans le programme « Give me 5 » de Vinci (voir la vidéo sur le site de l’entreprise) de modules à visée « pédagogique » ne trompe personne, d’autant que ces modules pourraient fort bien être pris en charge par l’Education nationale dont c’est le cœur de métier[1].

La seconde raison tient au GCO ou COS (Grand Contournement Ouest de Strasbourg), le projet autoroutier porté par Vinci dans la région, et qui, selon nos informations, fait partie du programme du dispositif de cette semaine. Vous n’ignorez pas que ce projet a suscité de nombreuses oppositions et interrogations, y compris de la part d’instances environnementales publiques. L’opposition au projet, dont nous sommes l’une des incarnations, porte principalement sur des considérations quant à la prétendue utilité collective du GCO compte tenu des enjeux climatiques et environnementaux, alors que l’intérêt défendu par Vinci est celui d’une entreprise et de ses objectifs financiers spécifiques. Nous avons eu l’occasion de constater de près les moyens et capacité d’influence que cette multinationale est en mesure de déployer pour obtenir gain de cause, y compris auprès d’instances publiques. Pouvez-vous accepter, compte tenu de ces éléments, que des élèves, qui sont probablement peu préparés à ce genre d’exercice, puissent être soumis à un discours unilatéral sur un sujet qui a nécessairement  une dimension citoyenne, voire polémique, sans que les enjeux et le contexte ne soient pleinement pris en considération ?

Nous espérons que l’Education nationale a toujours pour vocation et ambition  de former des citoyens, certes ouverts sur le monde, y compris celui de l’entreprise, mais avec un bagage susceptible de porter un regard critique et en prise avec les enjeux collectifs actuels qui dépassent largement les prérogatives et compétences de telles structures, fussent-elles multinationales.

 Veuillez agréer, Madame la rectrice d’académie, l’expression de notre considération distinguée.


[1] Et ils sont d’ailleurs régulièrement organisés lors des carrefours de formations et autres orientoscope.

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