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Le GCO serait-il la crêpe ratée de Nicolas Hulot ?

Le Ministère en charge de l’Écologie a confirmé la réalisation du contournement ouest de Strasbourg (GCO) dans deux communiqués : l’un publié le 3 octobre 2017, l’autre le 23 janvier 2018.

Le Ministre lui-même, Nicolas Hulot, s’exprime très peu sur le sujet. Lors d’une interview accordée à Reporterre en novembre 2017, où il était interrogé sur la contradiction entre son opposition à la construction de nouvelles autoroutes et la confirmation de la réalisation du GCO, Nicolas Hulot s’était brièvement justifié en affirmant qu’il avait « mis fin aux projets qui ne constituaient pas la meilleure réponse aux besoins de mobilité du quotidien… lorsque cela lui était possible juridiquement » et qu’il ne pouvait pas « prendre de mesures rétroactives qui conduiraient à des indemnités ou à des contentieux très lourds ».

Première déclaration qui laisse perplexe.

Quelques jours auparavant, il avait pourtant encouragé à ne plus faire de « concessions » en matière de lutte contre le changement climatique et avait dénoncé les « compromis vers le bas ».

Au même moment, 15 000 scientifiques lancèrent un avertissement sur l’état de la planète en insistant sur l’urgence à préserver l’environnement. Pour eux, il est encore possible de renverser la tendance. Prendre une autre direction n’est pas simple et il faut apparemment que cela soit d’abord « possible juridiquement ». Mais si la tendance actuelle perdure, la punition risque d’être bien plus sévère que d’avoir à gérer des « contentieux » et à payer des « indemnités ».

Janvier 2018, tombe une autre mauvaise nouvelle : la France n’a pas tenu ses objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le ministère appelle à une « réaction ». Nicolas Hulot estime que la France ne pouvait pas avoir un regard prétentieux vis-à-vis du reste du monde car « nous avons nos propres contradictions » et appelle à « un renforcement des actions ». Or, quelques jours plus tard, le ministère annonce qu’il accordera l’autorisation permettant la réalisation du GCO, offrant ainsi une très belle démonstration des contradictions dont parlait monsieur Hulot.

Le 6 février 2018, il s’exprime pour la première fois plus longuement sur le contournement ouest, au micro de France Bleu Alsace. Si le Ministre ne semble pas enthousiasmé à l’idée que le GCO se réalise, il réaffirme ne pas pouvoir intervenir et pense que le projet est « le moins mauvais compromis ». Tiens “compromis”, nous pensions qu’il ne fallait plus en faire ? De plus, cette déclaration montre la mauvaise connaissance que le Ministre semble avoir du dossier, ce que les opposants supposaient déjà depuis longtemps, opposants qui n’ont jamais pu entrer directement en contact avec lui.

« A l’avenir, je serai plus rigoureux »

Le GCO est bien la plus mauvaise option, et d’ailleurs en quoi serait-il un compromis ?
Plus sidérant encore, Nicolas Hulot indique qu’il sera « maintenant très ferme dans la lutte contre l’artificialisation des sols et notamment des terres agricoles ». “Maintenant” ne semble pas vraiment vouloir dire « maintenant » mais « après le GCO ».
Mais le pompon arrive ensuite : « à l’avenir, je serai plus rigoureux ». Ainsi, il reconnaît que pour le GCO, il y a eu un loupé quelque part (c’est toujours ça) et dit qu’il fera mieux la prochaine fois !!! Cette déclaration irrite profondément ceux qui voient un « avenir » bien sombre si le GCO venait à se réaliser et qui aimeraient bien que Nicolas Hulot soit plus « rigoureux » ici et maintenant, mais vraiment « maintenant ».

Lorsqu’il ajoute : « je ne peux pas non plus de Paris me substituer aux décisions des autorités locales et régionales », on peut légitiment se demander à quoi il sert.

Cette situation peut faire penser à la fabrication de crêpes (c’est de saison en plus). Vous savez, la première est souvent ratée ; brûlée par endroits, pas cuite à d’autres, collant à la poêle ou tombant en morceaux et on se dit « les prochaines seront meilleures ». S’il venait à se faire, le GCO serait une crêpe ratée bien difficile à avaler.

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