Face à la sécheresse, un problème d’équité et manque d’anticipation des pouvoirs publics

Avec la situation de sécheresse qui touche la France et aussi devant la répétition du phénomène, avec la mise en place de l’alerte sécheresse dans le département du Bas-Rhin depuis le 23 juillet, opposants et riverains des chantiers du GCO sont en colère face au passe-droit que bénéficie Vinci à poursuivre l’arrosage de la terre sur les chantiers.

Et même si le dernier comité Sécheresse réuni le 12 août dernier, fait passer le bassin de la Bruche , du seuil d’alerte renforcée à la situation de crise, madame la préfète n’anticipe toujours pas et continue d’offrir ce passe-droit à Vinci. Publiquement sourde aux critiques, nous savons que la contestation est arrivée malgré tout jusqu’à ses oreilles, puisqu’elle s’est sentie obligée d’évoquer le GCO dans sa communication qui devra “réduire de moitié les prélèvements effectués sur le canal de la Bruche”. Pour GCO NON MERCI, cette mesure n’est pas suffisanteAu regard de la situation, il n’y a pas de raison impérieuse à laisser SOCOS, filiale de Vinci Autoroute, en charge de superviser les chantiers du GCO, pomper de l’eau. Le chantier doit être stoppé !

Anticiper les sécheresses, mettre en place des actions en amont, … ce n’est pas comme si la France découvrait le phénomène. En 2017, la question de mieux gérer l’eau se posait déjà. Qu’est-ce qui a été entrepris ?

Dans un contexte climatique qui se répète, voici une tribune de Bruno Dalpra, membre de GCO NON MERCI, dans laquelle il évoque le manque d’équité entre professionnels et particuliers par rapport aux restrictions d’eau due à l’alerte sécheresse et aussi le manque d’anticipation des pouvoirs publics qui réagissent dans l’urgence, sans mettre en oeuvre une réflexion à long terme sur la gestion des ressources, ici l’eau :

L’ALERTE SÉCHERESSE NE MET PAS TOUT LE MONDE SUR UN MÉMÉ NIVEAU D’ÉQUITÉ

On associe souvent la sécheresse à la canicule, notamment en période estivale. Or, la sécheresse est un phénomène qui n’a rien à voir avec la canicule. Son origine est la conséquence d’un déficit de pluviométrie qui ne permet pas le renouvellement des réserves d’eau. La canicule, quant à elle, aggrave la situation due aux fortes chaleurs.
Certains effets du réchauffement climatique sont déjà observables. La baisse des précipitations d’eau de pluie entraîne une diminution des réserves d’eau, cumulée avec des périodes plus chaudes et plus longues, les conséquences sur les populations touchent des territoires jusqu’ici relativement épargnés. C’est le cas de la France.
Pour faire face aux risques de pénurie d’eau, les pouvoirs publics mettent en place des mesures.

En 2019, pour exemple, dans le Bas-Rhin, la vigilance sécheresse a été déclenchée le 17 juillet et levée en octobre(1).

FACE A LA SÉCHERESSE, DES MESURES D’URGENCE MISE EN PLACE ?

Cette année, au regard des faibles précipitations de la fin 2019 et début 2020, les autorités évoquent une situation de sécheresse extrêmement préoccupante dans l’Est de la France depuis mars. Avec l’augmentation des chaleurs et au regard de la situation des quatre bassins hydrographiques(2) du Bas-Rhin, la préfecture a déclenché l’alerte sécheresse le 23 juillet.

L’arrêté s’accompagne de recommandations et de mesures restrictives de l’usage et des prélèvements de l’eau, pour les usages privés comme industriels ou agricoles. De même, une surveillance plus accrue de la qualité des rejets des collectivités ainsi que des industriels est de mise. Voir le communiqué de la préfecture du Bas-Rhin ici (télécharger le PDF).

Or, dans les restrictions, les obligations faites aux professionnels sont floues. La préfecture leur demande de « limiter leur consommation d’eau au strict nécessaire ». Mais quand est-il dans la réalité ? Des exemples ne manquent pas et pour les illustrer en voici deux :

  1. l’arrosage des cultures et notamment celle du maïs dans la plaine d’Alsace
  2. l’utilisation de l’eau pour arroser la terre sur les chantiers du GCO.

DES MESURES POUR ÉCONOMISER L’EAU ONT ÉTÉ PRISES… VRAIMENT ? !!

Pour anticiper les risques d’une probable pénurie d’eau, des mesures de restrictions ont été mises en place. C’est le cas pour le département du Bas-Rhin depuis le 23 juillet. Une situation qui se répète comme en 2019.

Or, entre professionnels et particuliers, tout le monde n’est pas sur un même niveau d’équité. 

C’est ce que chacun peut constater en plaine d’Alsace où il est fréquemment observé des arrosages de cultures qui mouillent plus souvent une route que le champ censé être hydraté. Des arrosages en pleine journée, lorsque le soleil tape fort et où l’eau s’évapore. Quel gaspillage ! Où est l’efficacité ? Dans le collimateur, les agriculteurs face au choix des cultures, notamment celle du maïs largement répondue en Alsace.

A la problématique liée à la sécheresse, les pouvoirs publics manquent d’anticipations et de logique, à l’image de Julien Denormandie, le ministre de l’agriculture qui début août, dit vouloir simplifier les procédures pour faciliter la création de retenues d’eau pour aider à l’arrosage des cultures. « Des solutions simplistes, qui privatisent (la ressource et) aggravent la sécheresse des milieux naturels en aval » – dénonce Arnaud ­Schwartz, le président de l’association France nature environnement (FNE) – JDD du 2 août 2020.

Des arrosages de culture en pleine journée, sous le soleil, en plein chaleur… où est la logique ?

Aux dérogations sur les restrictions d’eau faites aux agriculteurs, force est de constater qu’ils ne sont les seuls !

Les travaux publics sont de gros consommateurs d’eau sur les chantiers de route.

C’est le cas du plus grand chantier de France, à Strasbourg, le contournement Ouest dit « GCO »,au regard des grandes quantités utilisées. Une ressource directement puisée dans les cours d’eau proches.Le collectif GCO NON MERCI rapporte sur son site que de nombreux riverains de ces chantiers sont scandalisés de voir autant de gaspillage. Des commentaires que l’on peut également lire sur la page Facebook du collectif.

Malgré des circonstances exceptionnelles et préoccupantes, Vinci continue de pomper l’eau. La Bruche (Kolbsheim) et le canal de la Marne au Rhin (Vendenheim) sont particulièrement sollicités pour arroser des pistes surchauffées du chantier du GCO pour soi-disant limiter la poussière, en pure perte car complètement inefficace. Gabegie, irresponsabilité, des pouvoirs publics sans pouvoirs soumis au diktat de Vinci, bref une situation qui suscite l’écœurement et qui n’incite pas à une attitude citoyenne quant aux restrictions ou aux interdictions de l’usage de l’eau.

Alors que les autorités demandent à chacun d’être responsable
(communication vidéo de madame la préfète Bas-Rhin du 5 août 2020),

Dans le même temps, la préfecture ne réagit pas sur les prélèvements utilisés sur les chantiers du GCO. Pire, la quantité pompée explose : entre le 25 juillet et le 2 août, 182 857 litres d’eau par jour ont été prélevés sur un point de pompage (3). Elle était de 23 000 litres par jour sur 9 mois avant le 25 juillet (4). Quand on sait que la consommation moyenne par habitant est de 148 litres par jour, on vous laisse juge…

Face à la sécheresse et la baisse des réserves d’eau dans le département,   dans un souci d’effort collectif, au nom de quoi les entreprises comme Vinci bénéficieraient-elles d’un passe-droit ? On peut s’interroger de la nécessité impérieuse de maintenir tel ou tel chantier en activité alors que la situation est critique.  

Point de pompage dans la Bruche, chantier entre Ernolsheim/Bruche et Kolbsheim – @Anne G. 2019

Le 12 août, le comité sécheresse s’est réuni à la préfecture du Bas-Rhin. Il évoque une situation de crise dans une partie du département
Parmi les mesures mises en place au regard de l’évolution de la situation (unité hydrologi-que « Bruche, Ehn, Andlau, Giessen, Liepvrette » passe du seuil d’alerte renforcée à la situation de crise), il mentionne le chantier du GCO qui devra réduire de moitié les prélèvements effectués sur le canal de la Bruche. Pour le collectif GCO NON MERCI, « cette mesure n’est pas suffisante. Au regard de la situation, il n’y a pas de raison impérieuse à laisser SOCOS, filiale de Vinci Autoroute, en charge de superviser les chantiers du GCO, pomper de l’eau. Le chantier doit être stoppé ! »

POUR LA MISE EN PLACE D’UNE PRÉVENTION SÉCHERESSE A L’ECHELLE NATIONALE

Au-delà de la question du gaspillage de l’eau sur le chantier du GCO, les autorités doivent prendre la mesure du danger qui pèse sur l’ « or bleu », notamment l’eau potable et doivent restreindre plus drastiquement son utilisation par les professionnels.

Aujourd’hui, les mesures prises sont faites dans l’urgence, sans réel plan d’action cohérent, d’autant que le phénomène climatique de la baisse des précipitations nécessaires au renouvellement des réserves d’eau, risque de se répéter dans le contexte actuel.Les pouvoirs publics doivent mettre en place un plan de prévention sécheresse afin de réfléchir sur les moyens et techniques à mettre en œuvre pour économiser l’eau. Il faut aussi des contrôles plus stricts sur l’usage de l’eau par les professionnels.

Nous sommes tous concernés, professionnels d’abord et particuliers ensuite.

L’eau douce, si précieuse à l’homme, représente seulement 3% de l’eau sur Terre !


  1. http://www.bas-rhin.gouv.fr/Actualites/Environnement/Secheresse-dans-le-Bas-Rhin-fin-d-alerte
  2. Bassin hydrographique : « Bruche, Ehn, Andlau, Giessen et Liepvrette »
                                        « Sarre »
                                        « Lauter, Sauer, Moder et Zorn »
                                        « Ill aval »
  3. https://gcononmerci.org/pollution/gco-en-alerte-secheresse-vinci-pompe-encore-plus-deau/
  4. https://gcononmerci.org/nature-biodiversite/gco-les-consequences-de-lusage-de-leau-sur-les-chantiers/