GCO : l’autoroute imposée qui trahit la politique écologique de la France

par Bruno Dalpra

Une autoroute imposée qui trahit la politique écologique de la France. Ça se passe chez nous, à l’Ouest de #Strasbourg : le GCO de Vinci offert par l’État contre toute logique environnementale vs enjeux écologiques

D’un côté, nous avons les travaux de la future A355 dit GCO, à l’Ouest de Strasbourg, l’exemple criant d’un foutage de gueule d’une politique écologique impulsée par Emmanuel Macron et son gouvernement. De l’autre, Vinci qui tente de nous faire croire que l’entreprise a intégré le modèle écologique dans sa stratégie à répondre aux enjeux climatiques.

Une opposition de presque 20 ans, balayé par un revers de main un 31 août 2018 et la signature par le préfet de l’époque, Jean-Luc Marx, de l’Autorisation environnementale unique (Ae), autorisant ainsi Vinci à pouvoir démarrer les travaux de son autoroute à péage à l’Ouest de Strasbourg : le contournement Ouest de Strasbourg dit GCO (ou COS).

CÔTÉ FACE, L’HOMME EST UN CHAMPION DE LA TERRE SUR LA SCÈNE MÉDIATIQUE – CÔTÉ PILE, IL IMPOSE UNE AUTOROUTE EN COMPENSATION DE L’ABANDON DE L’AÉROPORT DE NOTRE-DAME-DES-LANDES. 

Le 1er juin 2017, Emmanuel Macron lançait son fameux : « Make our planet great again ». L’année suivante, le 26 septembre 2018, à New York, il devenait le “champion de la Terre“, récompensé par les Nations Unions pour son action en faveur de l’environnement. Une distinction qui en a fait rire jaune plus d’un, notamment les opposants au GCO dont la zad de Moulin entre Kolbsheim et Ernolsheim-sur-Bruche, venait d’être évacuée, le 10 septembre, par 500 gendarmes mobiles. A l’époque, le président français était actif sur la scène diplomatique, mais peinait à montrer l’exemple dans les actes. Le cas du contournement Ouest de Strasbourg, imposé contre toute logique environnementale, est l’un des exemples du décalage entre les discours d’intention et la réalité sur le terrain, ici, dans un contexte particulier où le chantier a été offert à Vinci en dédommagement de l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes dont l’entreprise avait la concession et maitrise de l’ouvrage.

TROIS ANS APRES, LA SITUATION FACE AUX ENJEUX ÉCOLOGIQUES N’ONT PAS PROGRESSÉ

D’un côté… depuis octobre 2018, sur les travaux de la future autoroute A355 – vous savez, le fameux GCO imposé contre toute logique environnementale à l’ouest de Strasbourg– vous pouvez toucher des yeux ce qu’est la politique écologique d’Emmanuel Macron et de son gouvernement. En clair : blabla d’intention vs réalité du terrain.

La réalité de la politique écologique d’Emmanuel Macron ici sur le chantier du contournement Ouest de Strasbourg – 2019

Parce qu’entre temps :

  • Par une décision du 24 octobre 2019, la Cour de Justice de l’Union européenne a condamné la France pour avoir dépassé “de manière systématique et persistante” la valeur limite annuelle fixée pour la dioxyde d’azote (NO2) depuis le 1er janvier 2010, violant de ce fait la directive 2008/50/CE du 21 mai 2008 relative à la qualité de l’air ambiant.
  • Le 10 juillet 2020, le Conseil d’Etat a condamné l’État français en lui infligeant une astreinte de 10 millions d’euros par semestre car ce dernier n’a pas, selon la plus haute juridiction administrative, pris les mesures demandées pour réduire la pollution de l’air dans huit zones en France.
  • Le mercredi 3 février 2021, l’État français a été reconnu coupable d’inaction climatique. Le tribunal enjoint à l’État de prendre « toutes les mesures permettant d’atteindre les objectifs que la France s’est fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

La dernière condamnation est certainement la plus symbolique parce qu’elle confirme que la politique française en matière d’écologie est insuffisante et déconnectée des projets écocides en cours ou à l’étude, notamment en matière d’aménagement du territoire, à l’exemple de la loi d’orientation des mobilités. Paru au journal officiel le 26 décembre 2019, la loi conçue pour nous faire abandonner la voiture au profit de mobilités douces et durables, a été construite de manière à ne pas bousculer les multinationales aménageuses de notre territoire : sept projets autoroutiers ont été maintenus, dont le GCO. D’ailleurs, lors de la phase de consultations pseudo-citoyennes, le collectif GCO NON MERCI avait ironisé le volet alsacien du grenelle des mobilités par : « Bravo à Robert Hermann, Président de l’Eurométropole Strasbourg et Jean Rottner, Président de la Région Grand Est, pour le lancement jeudi 15 février 2018, du grenelle des mobilités avec… 15 ans de retard ! »

En 2020, Emmanuel Macron a tenté une nouvelle fois de nous faire croire à son intérêt pour l’écologie avec la Convention citoyenne pour le climat. En juin de la même année, il affirme devant les 150 membres de cette Convention, retenir 146 des 149 propositions. A l’arrivée, à peine 10 % se retrouvent dans la loi Climat et Résilience, débattue depuis, le 29 mars 2021 à l’Assemblée nationale. Un rendez-vous manqué, “loin…très loin de l’ambition nécessaire pour répondre à l’urgence écologique et atteindre les objectifs que la France s’est fixée.

Preuve encore, à l’exemple des travaux du GCO, puisque selon Reporterre, 53 % des 169 mesures prises en matière d’écologie depuis 2017 sont nuisibles à la planète.

Macron et le climat : 3,3 sur 10, selon la Convention citoyenne © Sanaga/ReporterreMacron et le climat : 3,3 sur 10, selon la Convention citoyenne © Sanaga/Reporterre

GCO : L’AUTOROUTE IMPOSÉE QUI TRAHIT LA POLITIQUE ÉCOLOGIQUE DE L’ÉTAT ET FAIT LES AFFAIRES D’AUTRES…

« Si nous voulons de vrais changements et une prise en considération de nos préoccupations en matière d’écologie, il est urgent de remplacer le système politique tel qu’il est dirigé aujourd’hui. Il nous faut des hommes et des femmes qui aient le courage politique de s’affranchir de la pression lobbyiste de multinationales dont l’écologie n’a d’intérêt que si elle peut leur rapporter de l’argent[…] » (1) … C’est le cas pour le groupe Vinci…

Pour preuve, la communication de l’entreprise au travers de ses fondations, notamment celle pilotée par Vinci Autoroute au service de l’environnement et de la biodiversité qui promeut un greenwashing à un public ignorant la face sombre du groupe, car “le soleil ne se couche jamais sur l’empire Vinci” dont les casseroles sont multiples. Ce n’est pas tant le fait qu’une entreprise cherche à gagner de l’argent qui dérange, mais la manière pour y parvenir.
Dans l’exemple du projet de Contournement Ouest de Strasbourg, Vinci a pesé de toute son influence pour décrocher le contrat, une concession de 54 ans, pour une autoroute à péage dont le but n’est finalement pas celui qui a été vendu par la CCI Alsace de réduire les bouchons sur l’A35 traversant l’agglomération strasbourgeoise.

L’écologie pour se donner bonne conscience…
Des compensations qui ne remplacent pas la perte de biodiversité 

De l’autreMême si les travaux avancent, que la future A355 est annoncée d’ici à début 2022, le collectif GCO NON MERCI reste actif (2).

De son côté, Vinci au travers de SOCOS, en charge des travaux de sa future autoroute, use de la communication pour mettre en avant les investissements que l’entreprise met en œuvre pour la protection de l’environnement et de la biodiversité. 
Critiqué sur ces aspects du dossier, il est bon de rappeler qu’il y a eu sept avis négatifs d’organismes d’État, qui ont pointé les insuffisances du projet concernant les mesures de compensation.

“Certes, il y a des aménagements et ouvrages mis en oeuvre sur les 24 kilomètres de l’autoroute pour faciliter le déplacement des animaux[…] comme des écotunelsécoponts avec palissage en bois. Mais seront-ils vraiment efficaces ? […] Parle-t-on de ce qu’ils ont détruit et qui ne sera jamais compensé ?”  
Toute une partie de la communication de SOCOS met l’accent sur les mesures qu’ARCOS-Vinci entreprend pour la sauvegarde du Grand hamster d’Alsace, l’une des espèces emblématiques au coeur de la lutte et menacée d’extinction (l’autoroute détruisant l’un de ses derniers espaces naturels autour de Strasbourg). La multinationale, au travers de sa fondation, injecte de l’argent à une association qu’elle a choisie. Un partenariat à durée déterminée qui fait joli dans la presse, mais qui ne pérennise en rien l’avenir de l’espèce[…]”

GCO NON MERCI | « GCO : Un chantier destructeur »

Le GCO reste une mauvaise solution imposée à de vrais problèmes et la communication environnementale de Vinci, ne rendra pas son autoroute plus verte.

Eux, vous diront qu’ils sont vertueux dans leur démarche. Mais qui peut vraiment dire que c’est véritablement le cas “quand nous savons que les services de l’État, censés être les garants de la respectabilité des normes environnementales, minimisent la réalité, voire même sont aux abonnés absents. Que vaut la parole citoyenne ?” – interrogeons-nous.
Dans la communication de SOCOS, les responsables et techniciens de Vinci Autoroute mettent le paquet pour présenter la future autoroute A355 comme la réalisation la plus « écolo » de tout son réseau. Cette « autoroute verte » se veut être la vitrine du groupe Vinci en matière d’écologie respectueuse de l’environnement et de la biodiversité. Jamais auparavant l’entreprise n’avait tant axé sa com sur cet aspect.

Sauf que depuis quand une autoroute est bonne pour l’environnement ? Elle génère des nuisances (bruit, pollution de l’air et des espaces immédiats de la route) qu’aucun aménagement ne saura les effacer. Un constat de l’institut français de l’environnement de l’impact du réseau routier sur l’environnement peut être consulter ici.”

argumente GCO NON MERCI | « GCO : Un chantier destructeur »

Avant de conclure :

« Quoi qu’entreprend ou entreprendra Vinci sur son autoroute à péage, en terre alsacienne, l’entreprise ne pourra JAMAIS compenser ce qu’elle a détruit avec la bienveillance de l’État, ni rendre son réseau écologiquement compatible avec les enjeux auxquelles nous devons faire face. A l’aube de l’entrée en service de la future A355, d’ici à début 2022, nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises… et ça n’aura pas été faute d’avoir mis en garde. »

GCO NON MERCI | « GCO : Un chantier destructeur »

(1) Nous exigeons une loi Climat plus ambitieuse et conforme à la Convention Citoyenne
(2) GCO NON MERCI reste actif : « La lutte n’est pas morte… vive la lutte ! »