Strasbourg, ville accessible aux touristes sans GCO

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La lecture de la tribune parue dans l’édition du 15 octobre dernier des DNA intitulée « Vite, un GCO pour les touristes aussi ! » nous laisse pantois sur la profonde méconnaissance (feinte ou réelle ?) par son auteur de la réelle situation des mobilités dans l’agglomération strasbourgeoise. L’article paru quelques pages auparavant peut légitimement interroger sur la compétence de l’Office du tourisme qu’il préside dans la gestion du développement du tourisme à Strasbourg.

L’auteur imagine une accessibilité améliorée vers les sites touristiques en Alsace, à partir de Strasbourg, grâce à une nouvelle autoroute qui contournerait la ville : un raisonnement qui laisse songeur. En effet, laisser penser que l’accessibilité vers Strasbourg serait facilitée parce que certains emprunteraient le GCO, c’est oublier que les études les plus optimistes prévoient un report de trafic inférieur à 10%.

C’est méconnaitre totalement le fait que l’accessibilité à Strasbourg ne se résume pas aux routes et aux autoroutes.

Ainsi Strasbourg est accessible en TGV ou en ICE (ce que l’auteur consent à admettre du bout des lèvres), tant venant de Paris, de Bordeaux, de Rennes, de Nantes à l’Ouest, de Bruxelles, de Lille, de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, de Luxembourg au Nord, de Stuttgart, de Francfort et de son aéroport, de Munich à l’Est, de Lyon, de Marseille ou de Montpellier au Sud notamment.

Strasbourg est aussi accessible en TER de tout le Grand Est, desserte qui pourrait certes être grandement améliorée dans le cadre du Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires actuellement à l’étude. Il n’est pas sérieux de méconnaître que beaucoup de touristes arrivent à Strasbourg par le train.

L’aéroport de Bâle Mulhouse est ainsi facilement accessible grâce à une navette et au TER.

Celui de Strasbourg Entzheim est accessible en huit minutes grâce à une navette ferroviaire, dont il faut certes encore améliorer l’amplitude de service et le cadencement horaire‌ pour qu’elle remplisse pleinement sa mission.

A partir de Strasbourg, le touriste peut rayonner en utilisant les lignes de trains TER ou de cars interurbains : il s’agit d’alternatives au tout-voiture, présenté à tort par l’auteur comme la seule solution possible. Il serait temps de créer une gare routière digne de ce nom et correctement interconnectée à la gare ferroviaire et au réseau de tram à l’arrière de la gare ferroviaire, elle-même ouverte à 360°. L’autopartage (Citiz) permet de combiner, sorti de l’agglomération, transport en commun et voiture. Un réseau renforcé de pistes cyclables permettrait de développer un tourisme vert comme dans le centre de la France et en Allemagne. Le réseau de tram doit encore s’étendre, notamment vers les communes du nord jusqu’au Pôle d’échange multimodal de Vendenheim. Pourquoi ne pas mettre en place le réseau de RER métropolitain qu’ASTUS appelle résolument de ses vœux (voir notre étude dans l’édition du 28 septembre dernier), avec P+R (parkings-relais) associés hors agglomération ?

Les touristes sont caricaturés comme venant majoritairement en véhicules individuels : si cela est en grande partie exact, en quoi cela doit-il nécessairement, inévitablement et inexorablement conduire à engorger la ville ? Ont-ils au demeurant les mêmes besoins de déplacements rapides que les salariés et les étudiants ?

Pourquoi ne pas mieux orienter ces touristes vers les P+R existants – qui doivent être mieux fléchés – implantés à la périphérie de l’agglomération et ne pas les inciter à prendre les transports en commun pour finir leur trajet (4,30 € aller-retour pour 7 personnes au plus) ?
Autre question primordiale : les touristes circulent-ils réellement aux heures de pointe ?

ASTUS s’interroge : y a-t-il une réelle volonté des partenaires d’aider les touristes à venir nous visiter en tenant compte des impératifs de la COP 21, quand les informations qui leur sont fournies en gare par la SNCF sont défaillantes ?

L’Office de tourisme est-il le mieux placé pour nos donner des leçons de mobilité, alors qu’il a fermé son accueil en gare de Strasbourg, suivant en cela la CTS, contrairement à de nombreuses grandes villes touristiques françaises et étrangères ?

Enfin, les documents mis à disposition des personnes que nous accueillons pour découvrir notre belle ville et notre belle région, ainsi que les sites internet et les applications smartphone, gagneraient à comporter systématiquement, en dehors de l’itinéraire en voiture, les modalités d’utilisation des transports en commun, ce qui n’est que trop rarement encore le cas.

Pour ASTUS, il ne s’agit d’exclure aucun mode de déplacement, mais de les envisager rationnellement et de façon complémentaire. Des solutions innovantes sont possibles, à partir de l’existant, à des coûts financiers et environnementaux sans commune mesure avec ceux du GCO, présenté comme salvateur.

François GIORDANI – Président d’ASTUS – membre du collectif GCO NON MERCI

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